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TÉMOIGNAGES INSOLITES dans les ARCHIVES
« Quand nos ancêtres parlaient de catastrophes naturelles »
Département des Yvelines (78) / Île-de-France

Allainville aux Bois / Aubergenville / Oinville sur Montcient / Saint-Rémy-l'Honoré

Commune
et/ou paroisse
Cote(s) AD
Date et type
d'événement
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Transcription du document

Aubergenville

Saint-Ouen

BMS
collection communale
1674 - 1720
5 MI 1845

vue 211 / 279

folio 7

1709

froid

(relevé Geneadom)

L'hiver de 1709 fut le plus froid dont on ait connaissance. La gellée ne prit
que le 5 jancier, mais si violemment que ce jour la même la glace s'arrêta
sur la seine. Les bleds gelerent totalement. L'orge qu'on sema a la place produisit
en si grande abondance qu'on nomma cette année l'année de l'orge. On la aussi
appellée avec raison l'année du grand hiver.
Jusques a la recolte la disette fut extrême. Le marc d'argent fut taxé a 33 lt 5 S 5 d*
Le septier de bled mesure de Paris valoit 44 lt 11 S ce qui revient a 72 lt 10 S le
marc d'argent etant a 54 lt 6 S.** Cette evaluation comprend le prix commun
de l'année. Dans les mois de janvier et fevrier ou le desastre nétoit point
constaté le grain se vendoit comme en 1708. Il monta a plus de 80 lt quand
le desastre fut connu. Labondance des années precedentes et le bas prix des grains
qui en etoit la suite avoient determiné le gouvernement a permettre lexportation
des bleds dont on etoit embarassé. L'etranger avoit profité de cette liberté ephemere.
On avoit mis des entraves au commerce dans le tems ou il eut fallu le laisser libre,
et on ouvrit les portes dans le moment ou il eut été a propos de les tenir fermées.
Que peut la prudence des hommes contre les decrets de la Providence.

NDLR

* 33 livres tournois, 5 sols, 5 deniers : 1 livre = 20 sols et 1 sol = 12 deniers

** Depuis le XIIe siècle on pesait l'or et l'argent à l'aide d'un poids appelé marc. Ce poids pesait 244,752 g et valait 8 onces de 30,594 g. C'est de là qu'est venu le nom de la monnaie allemande (mark). Ce sont de vraies monnaies métalliques, contrairement à la Livre (et ses sous-multiples) qui ne sont que des monnaies de compte. La valeur des pièces frappées se définit généralement par rapport à l’or ou à l’argent qu'elles contiennent. Mais la valeur numéraire de ces monnaies varie suivant les époques au gré des dévaluations du prix du marc fixé par l'Etat. Ainsi la valeur de la Livre tournois n'a cessé de baisser au fil des siècles passant de près de 100 grammes d'argent au XIIIe siècle à seulement 4 grammes à la veille de la révolutin française.

     

Saint-Rémy-l'Honoré

BMS
1698 - 1710
collection communale 132E-DÉPÔT 4

vue 86 / 91

folio 5

1709

gelée

pluie

(info https://fr.wikipedia.org/, relevé Geneadom)

Remarque

En cette année les bleds furent
entièrement gelés par cinq faux
degeles et une pluye de près de
trois semaines. Je n'en recueilli
que deux à ma dixme cest a dire
deux s[e]tieds de bled. le s[e]tied valoit
courament vingt deux ecus le
mediocre. le bon alla jusques
à cent livres le s[e]tied. Il y eut
cette mème année abondance
d'orge qui valoit plus de cinquante
francs le s[e]tied je n'en praticay
pas ; je donnay cette année là
pour? près de trente s[e]tieds de bled
à treize livres le s[e]tied. le pauvre
ne vivois que de pain dorge de son,
d'avoine, de pois, de grosse petites
febves et même de vesse. Je goutay
a tous. Celui de vesse etoit le pire.
Il y eut de la neige plus de trois
mois sur la terre. les arbres
gelerent aussy.   guillart prieur / curé
12me aoust 1717

     

Oinville sur Montcient

BMS
1731 - 1740 1MIEC238

vue 26 / 95

1733

inondation

(info https://www.geneanet.org, merci à Corine R.)

Inhumations / de Marie anne / Jorve, Marie / visbecq, marie / caumont et / marie anne / guerpin [en marge]

L'an mil sept cens trente trois le samedy deux Jour de may
ont eté Inhumées dans le cemetiere de cette paroisse
d'oinville par moy prestre curé dudt Oinville Soussigné
Marie anne Jorve agee de qua / ra / nte sept ans femme de Nicolas
Joysol, Marie Marie Jeanne vilbecq feme de Jean caumont agée
Marie Caumont fille de Jean Caumont et de marie Visbecq
agee de cinquante sept neuf / ans / et Marie anne guerpin fille de
claude guerpin et de marie moulard ses pere et meres
agée de onze mois ou environ lesquels sont mortes le
vendredy premier may dans une ondation si terrible deaux
qui a emporté les maisons, deraciné les arbres et autres
desolations funestes dans lesquelles elles sont mortes / peries
ont assisté a leurs Inhumations leurs parans et amis
qui nont pûs signer avec nous le present acte ./.
                    C Le Conte curé d'oinville ./.

     

Aubergenville

Saint-Ouen

BMS
collection communale
1721 - 1770
5 MI 1845

vue 142 / 403

folio 6 verso

1740

froid

crue

(relevé Geneadom)

L'hiver de 1740 fut long et le froid excessif.
Il y eut presque partout des maladies qui emporterent beaucoup de
monde.
On na jamais vu les eaux aussi grosses qu'au mois de mars de cette
année. On disoit cependant que la seine avoit monté aussi haut
cent ans auparavant.
La recolte fut bien mauvaise, les grains etoient de mauvaise qualité.
Ce n'est point cependant a la qualité des grains qu'on doit attribuer la
mortalité de 1740 puis quelle se declara au moins six mois avant la
recolte de cette année. ce fut la rigueur de l'hiver, et l'abondance des pluies
froides qui succeda aux gelées qui causa ce desastre.
Au mois de Juillet 1740 le septier de bled mesure de Mantes valoit
28 lt au mois d'Aout suivant il monta jusques a 52 lt, au mois doctobre
il etoit a 42 lt et se soutint a peu près a ce prix jusques a la recolte de 1741
ou il monta sensiblement de prix. Le 6 8tobre de 1741 il valoit encore 34 lt
le 26 du même mois il valoit 28 lt
En 1694 année de famine il y eut a Aubergenville 4 Baptemes, deux
de mariages, et 41 enterremens
En 1709 année de disette il y eut 14 Baptemes point de mariage, et
21 inhumations.
en 1740 il y eut 18 baptêmes 3 mariages, et 24 enterremens*

* Interessantes statistiques démographiques comparatives entre ces 3 années très difficiles. C'est une mention  suffisamment rare dans les registres BMS pour être relevée. NDLR

     

Allainville aux Bois

Saint-Germain-
d'Auxerre d'Hattonville

BMS
1769 - 1792
collection communale
1MIEC2

vues 63
et 64 / 125
folios 122
et 123

1783

intempéries

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(info https://www.histoire-genealogie.com)

En cette année 1783, après un printemps des plus froids
et humide sans avoir été trop pluvieux, il parut vers
le quinze juin un brouillard des plus dense*, qui fut
humide les premiers jours, et qui devint ensuite / tres / sec
et dura sans aucune interruption jus que vers le vingt
ou meme vingt deux juillet. ce brouillard ne paroissoit pas
s’élever fort haut dans l’athmosphere. Il n’obscurcissoit pas
entièrement le soleil qu’on pouvoit aisément fixer,
sans blesser la vue, au milieu du jour, comme a son lever

an 1783      page 123   quatrieme et dernier feuillet

et a son coucher. Il paroissoit d’un rouge mêlé d’obscurité
on eut dit qu’il étoit continuellement eclipsé par un rideau
qui ne laissoit apercevoir qu’un anneau clair et vif au long
de son disque. ce phenomène eut lieu dans toutes les
parties de l’Europe suivant les relations des journeaux
et mercures** de l’année. ce qui exerça beaucoup la plume
de Phisiciens qui veulent rendre raison de tout, même
de ce qu’ils n’entendent pas mieux que le simple peuple.
Les uns dirent que le soleil était encroûté d’une couche
de scories qu’il avoit expulsé de son centre à sa
superficie, les autres pretendirent que ce brouillard
epais et continu qui l’obscurcissoit sans empêcher de le voir
et qui donoit même à toute heure la facilité de le fixer
sans gêne, n’étoit qu’une suite de la grande quantité
de vapeur qu’avoit vomi pendant plusieurs mois le
mont Vésuve*** : car ce fut en effet a cette epoque
qu’arriva l’affreux renversement de Messine et
tout le desastre de la Sicille et surtout de la Calabre
exterieure. Sans recourir a ces explications denuées de
fondement, il était bien plus simple il me semble de dire
que le printems ayant toujours été très froid, très humide,
que le soleil n’ayant presque pas paru pendant toute
cette saison, la terre n’ayant par consequent rendu jus-
qu’a lors rien des vapeurs et de l’excessive humidité
dont elle s’était impregnée pendant / un / l'hiver des
plus pluvieux et un printems des plus froids, elle
commença a les exhaler lorsque le soleil dans son
apogée dardoit presque perpendiculairement ses
rayons sur elle.

page 124

Quoiqu’il en soit, ce phenomêne eut un effet pernicieux
l
a moisson qui paroissoit devoir être tardive, fut precoce
parce qu'aussitot que ce brouillard eut disparu vers le
20 ou 22 juillet, les grains qui n'etoient qu’a motié
formés, tournerent en deux jours a maturité, ou
plutôt furent echaudés et grillés****. Ils avoient fleuri
on ne peut mieux au commencement de juillet
pendant le calme du brouillard qui etoit accompagné
d’une chaleur douce et sourde : mais la rouille epaisse
dont ils etoient couverts dès le commencement de may;
la prodigieuse quantité d’herbe dont ils etolient remplis,
jointes a une chaleur ardente et subite qui ne leur
donna pas le tems d’achever de prendre leur nourriture,
furent cause que la recolte fut des plus mineure : au point
que dans ce canton les meilleures terres rendirent a peine
trois septiers au septier : Il y en eut meme beaucoup de
médiocres qui ne rendirent guerre au dela de leur semence.
    Après que ce brouillard eut disparu, il fit le plus
beau tems, le plus chaud et le plus sec jusqu’a la
veille de Noel. les mois de novembre et Décembre
furent egalement froids et secs. l’eau manquoit partout
excepté dans les puits. on nettoyoit les mares a la fin
de Decembre plus facilement qu’on ne fait ordinairement
dans les plus grands jours.

NDLR

* Il s'agit de l'éruption du "Lakagígar", ou "Laki", ensemble de plus de cent cratères volcaniques du sud de l'Islande alignés sur une fissure de 27 kilomètres de longueur. Ce sont les poussières de cette éruption gigantesque appelée "Skaftáreldar", (en français « feux de la Skaftá ») débutée en 1783 et considérée comme la plus importante éruption lavique de tous les temps, qui voilent le ciel. Elle eut d'importantes conséquences en Islande (famine de la Móðuharðindin), mais ausssi dans tout le reste de l'Europe.

** En référence au dieu Mercure (Hermès pour les Grecs), messager de l'Olympe, ce nom a été utilisé pour divers titres de journaux périodiques contenant des annonces, des nouvelles, ou traitant de littérature, par exemple « Le Mercure galant ». « Le Mercure de France ».

*** Contrairement à l'interprétation sur l'évaporation donnée ensuite par le scribe, ces physiciens ne sont pas loin de l'explication : ce sont bien des scories éruptives mais il ne s'agit pas du Vésuve. Ce prêtre a été moins perspicace que celui d'Azolette (69) qui conteste lui aussi l'avis des physiciens mais avec un argument plus rigoureux basé sur l'observation (voir ici).

**** Il s'agit probablement d'une conséquence de l'acidification de l'air, suite à l'énorme quantité de dioxyde de soufre qui fut libérée dans l'atmosphère. On l'estime à 122 millions de tonnes : l'inhalation de ces gaz sulfurés provoqua la mort de 23 000 personnes dans les îles Britanniques en août et septembre 1783, cela perturba également la météorologie de l'Europe durant plusieurs années (froid, orages de grêle, pluies acides, sécheresse). Ces désastres sont un des éléments déclencheurs de la Révolution Française.

     

Aubergenville

Saint-Ouen

BMS
1781 - 1791
collection communale
5 MI 1846

vue 35 / 98

folio 7

14/06/1783

orage &
éruption volcanique

06/07/1783

orage &
éruption volcanique

27/09/1783

neige & froid

20/02/1784

débâcle

(relevé Geneadom)

Observation
Le 14 juin 1783 orage considerable sur les 6 heures du soir. Pluie
continue les trois jours suivants, a la quelle a succedé un brouillard
extraordinaire qui a duré sans interruption jusquau 5 juillet a midy.
Ce brouillard froid au commencement s'est echauffé par degrés et a toujours
eté sec. Cependant le tonnere a grondé plusieurs jours de suite sans
qu'on put distinguer ou etoient les orages, on voioit la nuit la lumiere
des eclairs, mais on ne scavoit dou ils partoient. La foudre est tombée
en plusieurs endroits.
Le 6 juillet le brouillard qui avoit cessé la veille a recommencé et a
continué jour et nuit jusques au 21 du même mois. La chaleur a
eté excessive et il a tonné tous les jours. Il y a eu entre autres un
orage très etendu avec tempête le 15 de ce mois. On a presque toujours
vu le soleil pendant le brouillard. Il n'avoit aucun eclat, et etoit très
rouge, ou extremement pâle. La brume qui moderoit l'ardeur de ses
raïons a empêché que les grains qui etoient fort tendres naient eté
brulés. La recolte a eté abondante.
Le reste de l'année l'atmosphere a toujours eté chargée de vapeurs, et le
ciel n'a jamais eté bien serain.
Le 27 7bre 1783 sur le soir la neige a commencé et a continué le 28 avec
un froid excessif, ensuite le ciel a été serain pendant trois jours mais le
froid a encore augmenté. Il y a eu de la moderation le 1 Janvier 1784, la
neige a même fondu en cinq ou six jours, mais ensuite il en est tombé
le reste du mois, et jusques a la mi février une telle quantité quon n'en
a jamais vu autant dans cette province. Le degel a commencé le 20 fevrier
Le debord des rivieres a causé beaucoup de degats. La seine neantmoins a resté
a 2 pieds au dessous de ce qu'elle a monté en 1740.

     

Aubergenville

Saint-Ouen

BMS
collection communale
1781 - 1791
5 MI 1846

vues 50
et 51 / 98

folio 7

1785

sécheresse

(relevé Geneadom)

En 1785 la recolte des vins a eté la plus abondante dont on
ait connoissance. On en a receuilli a Aubergenville seize
cent vingt muids. Cest cinq cent quatre vingt treize muids plus qu'en
1781 dont la recolte est la meilleure quon eut fait depuis quarante
ans. Le printems de cette année a été très sec la recolte des foins a manqué

celle des mais a eté fort mediocre, mais il y a eu asse de blé. La qualité n'en
a pas eté bonne non plus que celle du vin.

     

Aubergenville

Saint-Ouen

BMS
collection communale
1781 - 1791
5 MI 1846

vue 76 / 98

folio sixième

22/03/1788

orage

20/06/1788

grêle

12 & 13 /07/1788

orages de grêle

nov. 1788
à
janv. 1789

froid

(info http://www.thoiry78.fr/, relevé Geneadom)

Le 22 mars 1788 orages ou le tonnerre a eté
des plus violents
Le 20 juin / 1788 / ou il a tombé beaucoup de grêle de la
grosseur d'une noix. Comme l'air etoit assez calme, elle a causé peu
de dommage aux grains, et aux vignes, il y en a eu davantage aux
cerises.
Le 12 juillet / 1788 / orages qui se sont succédés ou le tonnerre roulait sans
interruption. Il a tombé beaucoup de grêle qui na fait aucun dommage
dans cete paroisse; mais il y a des païs circonvoisins qui ont beaucoup
souffert. Une partie considerable de Vexin a eté fort maltraitée.
Le 13 juillet 1788 a huit heures et demin du matin orage terrible,
la grele a devasté plus de 100 lieus de païs dans l'Orleannois, la Beausse, la
Vexin, le Picardie, la Flandre etc. Il ni a eu que de la pluie dans cette
paroisse, mais a feucheroles* les grêlons pesoient plus de trois livres, a
Chamboursi** il y en avoit de dix livres, Il y a eu beaucoup de païs ou les
tuiles et les vitres des maisons ont été brisées. Des clochers, des moulins a vent
et d'autres edifices ont été renversés, Rambouillet, Poissy etc. ont
beaucoup souffert.
Au commencement de novembre 1788 le vent a soufflé du nord est, et de
l'est ou il s'est tenu continuement. le froid a augmenté graduelement, il etoit
considerable dès le 10 du même mois il a continué pendant le mois de decembre
jusques a la veille de Noel ou il y a eu un peu de moderation, il a repris le 28
du mesme mois avec plus de force jusquau 1er janvier ou il y a eu peu plus de
temperation pendant deux jours après quoi il a encore été plus vif

NDLR

* "Feucherolles" est situé 13 km au sud-est d'Aubergenville.

** "Chambourcy"  est situé 15 km à l'est d'Aubergenville.

     

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Mots-clés : froid, crue, débâcle, gelée, inondation, intempéries, orage, éruption volcanique, neige, pluie, sécheresse, grêle

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