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TÉMOIGNAGES INSOLITES dans les ARCHIVES
« Quand nos ancêtres parlaient de catastrophes naturelles »
Département des Charentes (16) / Aquitaine / Nouvelle-Aquitaine

Grassac

Commune
et/ou paroisse
Cote(s) AD
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Grassac

BMS
1737 - 1792
collection communale

in

Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1897

Notes historiques sur la baronnie de Marthon en Angoumois (Suite et fin)

pages 53 à 55

1783

intempéries

tremblements de terre

éruption volcanique

orages

 

 

(info http://panier-de-crabes.over-blog.com)

Cette année (1783), le mois de janvier et de février ont été extrêmement pluvieux. C’est à l’abondance de ces pluies qu’on attribue les phénomènes surprenants et funestes, qui ont rempli toute l’Europe d’étonnement, d’affliction et de crainte. Jamais les orages et les débordemens n’avoient été aussi fréquens et aussi terribles. Jamais on n’avoit éprouvé autant d’incendies, causés par le tonnerre et le feu usuel.

Le 5 février, vers 11 heures du matin, commencèrent dans la Calabre des tremblemens de terre très violens et très fréquens, un tonnerre affreux, une agitation terrible dans la mer. Tous ces fléaux bouleversèrent tellement ce beau pays et la Sicile, que dans la Calabre ultérieure 300 villes et villages furent entièrement détruits. Les chemins et les rivières disparurent par les éboulemens, et dans la Sicile, la ville de Messine fut presque toute engloutie et renversée. La terre n’étoit pas encore bien affermie au mois d’août. On porte le nombre des morts à cinquante mille. Le 5 mars, on en avoit retiré de dessous les ruines des maisons trente mille. Il en est resté beaucoup que l’on n’a pas pu trouver et beaucoup d’autres qui ont été ensevelis dans les éboulemens des terres.

Dans le mois de mars, une éruption volcanique fit sortir, près d’Yslande, une isle du fond de la mer. On voyoit des tourbillons de feu rouler avec impétuosité, brûler tout et calciner les pierres les plus dures.

Le 23 mai, à 7 heures du soir, on a vu descendre perpendiculairement, avec une précipitation étonnante, sur les paroisses de St-Maurice et d’Antigny, diocèse de La Rochelle, trois colonnes de la grosseur d’une barrique ordinaire, dans toute la longueur. Elles partoient de trois nuages divisés et éloignés l’un de l’autre d’un quart de lieu. Elles pompèrent l’eau des rivières avec une rapidité et un bruit surprenant. On voyoit s’élever dans leur intérieur des flammes très vives, qui s’élançoient de toutes parts, sans être dirigées par le moindre souffle de vent.

Le 15 juin, il s’éleva un vent très impétueux, qui déracina et renversa une grande quantité de gros arbres, surtout noyers, dans les paroisses de Bouex, Vouzan, Chazelles et autres.

Dans ce même tems l’atmosphère dans toute l’Europe fut remplie d’un brouillard singulier, tel que les vieillards assurent n’avoir jamais rien vu de pareil. Le soleil, quoique très chaud, n’avoit pas la force de le dissiper. Il continuoit le jour et la nuit avec une intensité variante. Quelquefois, des fenêtres du presbytère de cette paroisse on ne pouvoit pas voir le village de Chez-Paynaud ; souvent il masquoit entièrement le logis de La Bréchinie. Le ciel étoit d’un gris blanchâtre. Le soleil, qui étoit fort pâle dans la journée, étoit d’un rouge brun à son lever et plus rouge brun à son coucher. On pouvoit le fixer en tous sens sans en être incommodé. Quelques fois on ressentoit dans ce brouillard une odeur puante et difficile à déterminer. Il étoit très sec, puisqu’il ne ternissoit pas seulement les glaces qu’on y exposoit ; il desséchoit les sels au lieu de les liquéfier : il ne faisoit pas monter l’hygromètre et n’empêchoit pas l’évaporation d’être abondante ; il causoit une légère cuisson dans les yeux, et les personnes qui avoient la poitrine délicate en étoient affectées. Quoique le vent du Nord ait soufflé très souvent, ce brouillard a duré tout l’été et n’a été entièrement dissipé qu’à la fin de septembre.

On craignoit beaucoup que ce phénomène extraordinaire ne nuisit aux récoltes et ne causât des maladies épidémiques, mais il n’a produit aucun funeste effet.
Il paroit que ce brouillard était une suite naturelle d’une chaleur un peu forte, qui, dans le mois de mars, succédoit aux pluies longues et abondantes des mois de janvier et février, sans qu’il y ait eu pour ainsi dire de gradation. La première impression de chaleur a dû sublimer tout à la fois une grande abondance de parties aqueuses, dont la terre étoit profondément pénétrée et leur donner, dans le premier tems de leur élévation, une qualité sèche et un degré de raréfaction plus grand que celui des brouillards ordinaires.

L’été a été généralement très orageux, mais le trois août a été le jour le plus terrible. Il sembloit, ce jour-là, que la nature fut bouleversée, car l’orage a été presque universel.
Dans des endroits, il est tombé des grains de grêle aussi gros que le poing, armés de pointes irrégulières, qui perçoient comme des dards. Il y en avoit dans lesquels on a trouvé des crapauds de couleur jaunâtre et des escargots avec leurs coquilles. Dans d’autres, endroits, il est tombé une congélation bizarre, large comme la main, sur laquelle étoit empreinte une croix. On a même vu des herbes étrangères incrustées dans l’intérieur de quelques éclats.

La Providence a préservé cette paroisse de tout fâcheux accident.

     

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Mots-clés : éruption volcanique, intempéries, orages, tremblements de terre

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